Sa Princesse Vierge. Grace Goodwin

Sa Princesse Vierge - Grace Goodwin


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et ne s’en cachait pas.

      — Oui, dit-elle en s’appuyant sur ses pieds pour lever les hanches dans une invitation impatiente.

      Mais elle poussa un cri de douleur et se tint la cheville.

      — Eh merde.

      Je la pris dans mes bras et la berçai, en inspectant chaque centimètre de son corps.

      — Tu es blessée ? C’est moi qui t’ai fait mal ?

      — Non. C’est seulement une vieille blessure... Merde. Ce n’était pas censé arriver. Je suis en train de me réveiller. Je suis désolée. C’est trop douloureux.

      — Quoi ? Dani ?

      La montagne s’évanouit. Dani disparut, et je me réveillai, enchaîné. En sang. Mourant. Glacé. Laissé pour mort dans une grotte de montagne si lointaine que personne n’arriverait à me retrouver à temps. Mon sexe était dur comme du bois, mais mon cœur était brisé, le goût imaginaire de Dani s’attardant sur ma langue.

      2

       Dani, Planète Everis, localisation exacte inconnue

      Il était là. Après des heures de marches suivant mon réveil, après mon corps en manque suite à notre rêve passionné, je l’avais enfin trouvé. J’avais suivi mon instinct de descendante de Chasseur, mon cœur de Compagne Marquée à la recherche de sa moitié d’âme. Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine. Je vis la chaîne rouillée fixée au mur, qui serpentait sur le sol et sous son corps. À des années-lumière de la Terre, j’avais trouvé l’homme qui me correspondait parfaitement. La Gardienne Égara et le Test l’avaient su. Je le savais. J’étais en sueur à cause de mon trek, mais dans la grotte, je frissonnais.

      Ce trou à rat. Dans lequel on l’avait laissé souffrir. Mourir.

      Personne ne l’aurait trouvé. Jamais. Seulement moi, seulement sa Compagne Marquée, à cause de notre lien. La marque sur ma paume se mit à brûler, et je poussai un sifflement. Un gémissement s’éleva de sa silhouette blessée, et je sus qu’il ressentait la même chose. Qu’il ressentait ma présence.

      Je parcourus la distance qui nous séparait, et j’ouvris l’énorme verrou de la cage en métal rouillé qui le maintenait prisonnier. Je jetai le lourd morceau de métal le plus loin possible et ouvris la porte, avant de me laisser tomber à genoux devant lui. Ma cheville protesta, mais je n’y prêtai pas attention. Je survivrais, mais Gage ? Je ne connaissais pas la gravité de ses blessures.

      Il était assis sur le sol dur, adossé à la pierre nue derrière lui. Des chaînes pendaient au-dessus de sa tête en dehors de la cage, hors de portée, les liens de métal sombre accrochés aux menottes qu’il avait aux poignets. Il dormait, ou il était inconscient. Je l’ignorais. Son corps et ses bras étaient tous mous, ses mains posées sur ses genoux. Son visage, Seigneur, son magnifique visage était plein d’ecchymoses, ses lèvres tuméfiées, ses cheveux trempés de sang qui lui coulait sur la tempe. Je tendis la main et la lui posai sur l’épaule. Il était froid, son torse nu couvert de sang et de brûlures, sa peau glacée. On lui avait laissé son pantalon, mais ses pieds étaient nus. Une veste épaisse était posée par terre, hors de sa portée. Elle ressemblait à celle portée par les Chasseurs sur la Pierre Angulaire, sauf qu’elle était sale.

      — Gage.

      Quand il ne répondit pas, je le secouai.

      — Gage !

      Je savais qu’il était vivant, grâce à ma marque, et à sa réaction face à notre proximité.

      — Dani ?

      — Je suis là. Allez, réveille-toi.

      Je le sentis se crisper, car il venait peut-être de réaliser qu’il ne rêvait pas, que j’étais vraiment devant lui, à l’encourager à bouger.

      — Dani ? demanda-t-il encore, cette fois avec des yeux écarquillés, conscient de ce qui se passait.

      Il poussa un grognement, les dents serrées. Son pantalon noir était en lambeaux, le tissu visiblement imprégné de sang en plusieurs endroits. Je regardai son torse plus attentivement, ses muscles couverts d’entailles, de brûlures et de sang. Il semblait avoir vécu un enfer, mais j’ignorais si ses blessures étaient uniquement superficielles, ou s’il souffrait également d’hémorragies internes. Des côtes cassées ? Un rein perforé ? Il était dans un sale état, et le voir blessé faisait hurler toutes mes cellules.

      Il était mien. Je ne pouvais pas le permettre.

      — Tu es dans un sale état.

      — Que fais-tu ici ? rétorqua-t-il en serrant les genoux contre la poitrine.

      Nous nous observâmes, nos regards baladeurs. Il était grand. Gigantesque, même avec ses jambes repliées. Ses cheveux noirs étaient un peu longs et ses boucles lui retombaient sur les oreilles. Ils étaient épais, et j’eus envie d’enfouir mes doigts dedans, de découvrir leur texture. Une barbe recouvrait sa mâchoire carrée. Même dans la lumière tamisée provenant de l’entrée de la grotte, je voyais qu’elle avait des reflets roux, contrairement à ses cheveux. Ses lèvres étaient gonflées, mais aussi ouvertes et ensanglantées. Son visage était plus fin que dans mes rêves, comme s’il n’avait pas mangé à sa faim depuis quelques jours, mais ses yeux me transperçaient, me clouaient sur place. Des yeux de prédateur. Complètement concentrés sur moi, repérant chaque détail, ne ratant rien. Il s’attarda sur ma cheville, sur ma hanche relevée pour ne pas m’appuyer sur mon pied. On aurait dit qu’il pouvait lire dans mes pensées, qu’il connaissait déjà mon corps, que nous étions en symbiose.

      Ses yeux étaient presque noirs, perçants par leur intensité. Je le reconnaissais, pas seulement grâce aux rêves que nous avions partagés, mais dans mon cœur, dans mon ADN lui-même.

      Il m’examinait avec tout autant d’attention et il leva la main vers moi, avant de la laisser retomber.

      — Tu es réelle ? demanda-t-il d’une voix rocailleuse sèche. Est-ce que je rêve ?

      Je pris mon sac à dos et en sortis une gourde. J’enlevai le bouchon et la tendis à Gage.

      — Je suis réelle. Bois.

      Il prit la gourde et avala l’eau à grandes gorgées. Depuis combien de temps se trouvait-il dans cette grotte ? Avait-il été privé d’eau et de nourriture pendant des jours. Alors qu’il buvait, je regardai autour de moi. On l’avait laissé dans une grotte abandonnée, assez grande pour que quatre ou cinq hommes la traversent en marchant de front. Je parvenais largement à me tenir debout à son entrée. Si je levais les bras, je ne parviendrais pas à en toucher le plafond. Le sol était fait de pierre. De la terre et des feuilles mortes couvraient la roche grise et froide comme un tapis pourrissant. Nous étions à cinq mètres de l’entrée environ, la lumière du jour étouffée par les épaisses parois. J’entendais de l’eau couler au loin, un petit plop, plop. Les chaînes qui maintenaient Gage étaient épaisses et lourdes, mais vieilles et rouillées, tachées par l’âge. Les anneaux et les verrous de métal fixés aux murs étaient là depuis longtemps, comme si Gage n’était pas le premier à avoir été emmené ici. À avoir été torturé et négligé jusqu’à ce qu’il en meure presque.

      Une cage au milieu de nulle part ? Pourquoi ?

      — Quel genre de monstre créerait un endroit comme ça ? me demandai-je à voix haute.

      — Mon arrière-grand-père, répondit-il.

      Je tournai immédiatement le regard vers lui. Il souriait, mais sans joie.

      — C’est ma grotte, Dani. Amusant, n’est-ce pas ?

      — Non. Pas du tout, dis-je en ramassant


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